A
propos de l'exposition :
"PORTRAITS
AUTORISES"
Les contraintes
imposées par le débat actuel autour du droit à
l’image ont obligé les photographes à prendre
du recul sur leur liberté et leur spontanéité
à capturer leurs contemporains à visage découvert,
et surtout à pouvoir utiliser ces images.
Cette recherche photographique se place au coeur de cette réflexion,
entre respect et liberté, entre distance et intrusion,
entre vol et hommage.
S’obliger, comme exercice de style, mais également
comme parti pris visuel, humain, voire philosophique, à
ne pas photographier de visage oblige à considérer
avec une attention accrue tous les autres attributs autorisés.
La douceur
d’une nuque, la cambrure d’une cheville, le mouvement
d’une mèche de cheveux, le choix d’un chapeau
ou d’une écharpe...
Quitter le traditionnel face à face, la quête des
regards à accrocher, pour évoquer, contourner, interroger
la personnalité de ces hommes ou femmes, dont l’image
nous fascine mais que par pudeur, respect ou contrainte juridique,
nous nous contentons d’approcher, d’effleurer de nos
appareils photographiques.
Pour cette proposition nommée “Portraits autorisés”,
je me suis laissé porter par les situations concrètes
rencontrées au quotidien par le photographe:
- comment photographier sans visages?
- que faire de nos archives dont le sujet est “reconnaissable”?
- comment masquer un visage?
J’ai ensuite contourné ces contraintes par une approche
plastique, purement graphique, ou encore poétique, ironique
ou symbolique, utilisant des silhouettes ou des portraits appartenant
à une imagerie collective, donc autorisée, découpant
des visages, jouant du trouble de mise au point comme de notre
incapacité à trouver la juste distance à
approcher l’Autre.
J’y intégre une série de Portraits Retournés,
ensemble de photos de nuques, isolées, plus épurées,
laissant une plus grande liberté à l’émotion,
dans ce regard qui ose se poser sur un territoire de peau secrète,
caresser une chevelure furtive, livrer un émouvant mouvement
de cou, emprunts aussi troublants et impudiques qu’un visage
cru, livrant leurs énigmes et leurs révélations
avec parcimonie.
Jeu, rêverie, construction plastique.
Réflexion sur ce que l’Autre peut livrer de lui-même,
de ses clés ou de ses secrets, de ses offrandes ou de ses
mystères, surtout à visage couvert.
Acte de militant pour la liberté photographique.
Détournement ludique d’une actualité juridique
parfois absurde, parfois justifiée, mais ouvrant dans la
contrainte qu’elle suscite cette capacité de dépassement,
de sublimation, dont nous devons nous saisir pour relancer encore
et encore la création photographique.
Michaël
SERFATY