© Michaël Serfaty

Les défaites, série noire : stade terminal

Les défaites, série noire : stade terminal

2012

 

DEFAITES

Cette série pourrait parler d’environnement.
Dire aussi le dérisoire de notre société de consommation
Raconter des fractures de vie qui nous font laisser derrière nous des pans entiers d’existence et d’objets si chers sans même un regard en arrière.
Enumérer une collection ou un catalogue d’objets dérisoires et désespérés.
S’émouvoir encore de notre finitude et de la mort programmée de tout ce qui nous entoure.
Bien sûr…

Mais j’ai voulu vous parler d’émotions et de rencontres…
Un choc, un coup de foudre, une étrange et mourante beauté…
Avec les objets abandonnés…
Ceux-là sont vraiment perdus, délaissés. 
Ils sont inconnus au Bureau Officiel des Objets Trouvés
Ils n’ont pas droit aux malles des greniers, ni aux marchés de brocante ou d’occasions, ni même au recyclage des ordures ménagères.
Ils ont servi pourtant, parfois au plus près de notre peau, de nos pas, de nos existences.
Ils ont même parfois eu des vies, végétales, même animales. 
Leur insignifiance même fait douter de leur statut d’objets.

Ce sont des oublis des hommes et du monde, laissés là au bord du trottoir, sans autre importance que leur non-existence.

Notre environnement est plein de ces abandons-là, de ces défaites, déchets du bitume, du sable ou des herbes folles, oublis même pas perdus, même pas dignes d’une poubelle.
Parfois même pas vus, et si remarqués, ne suscitant qu’indifférence ou dégoût.
Combats perdus d’avance, ultimes résistances au coeur même de la décomposition.
Défaites.

Ces objets-là, j’ai tenté de leur redonner une petite gloire, un espoir d’éternité.

Pour certains, je les ai laissés dans leur caniveau, déjà presque disparus dans leur dégradation entamée, et je les ai capturés ainsi, sans les toucher, de ma hauteur, comme un adieu, comme un flou parfois, comme un tremblement. Avant l’abandon définitif à leur déchéance. Au tirage j’ai accentué la noirceur de leur décadence, au bord de la sous-exposition, de la nuit.
Le Stade Terminal. La série Noire.

Pour d’autres, j’ai osé les recueillir, les prélever à la fange ou à la boue. Je les ai sauvés.Et pour restituer au plus près leur matière, leur texture finissante, j’ai utilisé un scanner, créant une photographie sans appareil photographique, et j’ai travaillé le résultat pour leur offrir le plus de clarté possible, au plus près de la surexposition, une gloire éternelle. 
La Dernière Chance. La série Blanche.

Je leur ai offert une dernière apparence, une ombre, ou un éclat.
Un dernier souvenir, une dernière mémoire.

Avant l’acceptation de l’inéluctable défaite.

                                 

Michaël SERFATY

 

« - Notre défaite, Ben, sais-tu où elle est ?
- Peut-être d’aimer les choses plus que le chemin ?... »
Andrée Chédid (L’Autre)