Des vies sages

Des Vies Sages  

2006

Expo collective “Familles” de la Fontaine Obscure - Espace Sextius - Aix - Mai 2006

Théâtre de la Ville - Nice – Septembre 2006

 

Pour une nécessité 

Une urgence soudaine 

De ne rien oublier des familles 

De la présence ou de l’absence 

De l’innocence ou de la sagesse. 

 

Pour conserver encore ces enfances 

Pour préserver la fraîcheur éclatante 

Des peaux et des dents découvertes 

Pour pressentir les codes et les traces 

toute cette histoire écrite au burin des secondes 

parchemin de ces plis de rires ou d’amertume 

Pour ne rien perdre de ce qui s’absentera 

Dans la fatale ivresse de la mémoire.

 

Un cadre, une règle : un père deux fils – une mère deux filles 

Quelques exceptions, pour l’intention, pour la demande reçue, 

Mais aussi pour bousculer les limites, pour le jeu. 

Et bride au vent à l’imagination, 

Libre et inventive, au gré de l’intime perçu, 

Au travers des étreintes, des distances, 

Des regards déliés ou évités,

De ce temps riche du déjà vécu, 

Des envies de partage. 

Emu de ce bain de confiance, 

Emerveillé de leur abandon,

De leurs visages, de leurs regards, 

Du risque consenti, du jeu renvoyé, 

Précieux de ce partage-là, 

De retenir la richesse de ces instants, 

Conscient de cette passerelle suspendue, 

Retenue, sauvée, 

Entre hier et demain,…

 

Une passerelle, un chemin…

  

Un chemin entre venir et devenir. 

Une enjambée sur le temps, 

Une histoire qui s’espace, 

entre ses souvenirs et ses promesses.

 

Un chemin sur la peau, 

Qui s’écrit temps après temps,

Imparfait ou conditionnel, 

Aux berges des yeux et aux marges des lèvres, 

Rides d’histoires ou plis d’espoir 

Qui font lire ou deviner, 

Parcourir des champs et des secrets,

Testament des âges à dérouler.

 

Un chemin de prunelles 

Qui raconte les habitudes et les langages 

Qui parle de liens gravés de ressemblances, 

Qui dit ces tresses d’avant 

Et ces coutures de maintenant. 

Un chemin en miroir, 

Pour d’autres instants et d’autres vies 

D’autres mêches 

D’autres paupières 

D’autres sourires 

Pour des gerbes juste semées ou déjà cueillies 

Pour retrouver de soi et des siens 

Dans d’autres visages 

D’autres écrins étranges ou semblables 

Toute cette aventure commune des familles 

Du si proche étranger et du lointain fraternel. 

 

Un chemin qui parle au monde 

Qui parle au vent 

Qui chante et qui rit 

Ou qui considère gravement 

Ce mouvement infini, 

Cette route de vie. 

 

Un chemin de vie 

D’amour ou de distance, 

De joie et d’espérance, 

D’absence aussi, 

De retrouvailles ou de mémoires, 

De sagesse ou d’insouciance. 

Des vies sages. 

 

Michaël Serfaty

 

© Michaël Serfaty