© Michaël Serfaty

...et tout s'oublie à vivre...

"... tout s'oublie à vivre..."

Copenhague Décembre 2007

Exposition avec Christophe Niel - Mai 2017

Et si nos seuls vrais souvenirs étaient des photographies ?

Ces fragments de secondes que nous avons décidé de sauver de l’oubli, par jeu, par créativité, par obsession, par émerveillement…

Ces moments d’amour, de contemplation, de fête, de rêverie, que cet instinct nous murmure de préserver, pour partager, ou transmettre

L’effacement est inéluctable,

Nécessité, saturation, maturation

Que gardons nous vraiment? pourquoi ? comment ?

 

On m’a souvent reproché de ne pas vivre le moment, d’être ailleurs, derrière mon appareil photo. J’ai toujours été peiné de ces remarques, que je percevais comme des reproches.

Mais aujourd’hui bien des années plus tard, je peux répondre

Parce que je sais que je le vis doublement, ce moment-là, dans cette perception vibrante des détails, dans cette acuité à capter, à cueillir, pour maintenant et pour demain.

 

Et ce dont il est question aujourd’hui c’est d’un nouvel espace-temps entre présent et futur, un temps qui échappe au temps. Celui de la créativité, celui de l’art. Celui de la ré-création, qui ouvre une pause dans la continuité.

 

L’écrivain, le photographe, l’artiste va se saisir de ce quotidien pour en métamorphoser le sens sans le trahir, pour en tirer l’éclat le plus prestigieux, pour lui offrir une tentative d’éternité à travers une œuvre, un ouvrage, un conte qui raconte et qui invente pour ne pas dire vraiment, pour rêver encore et faire rêver toujours.

Sans être dupe qu’il égrène des memento mori tout au long de son parcours, avec l’espoir qu’ils puissent germer.

Pour des enfants, des petits enfants…

Ou des inconnus qui pourraient raconter leur propre histoire à travers ces mélodies passées, ces images où s’enfouir, pour se retrouver soi, à travers une émotion qui émerge soudainement, comme une surprise, comme une capture…

 

Bien entendu, le moment présent…mais ne nous leurrons pas.

Que reste-t-il des voyages, des soirées, des promenades, des passions, quelques décennies plus loin, que reste-t-il vraiment que nous puissions convoquer, de la force de notre volonté pour regoûter ces instants, hormis quelques lambeaux, quelques bribes mémorielles

 

« … et tout s’oublie à vivre… »

Alors se réinventer des souvenirs, dans nos photographies, dans celles des autres, à reconstruire, à contempler.

Se les offrir et partager.