© Michaël Serfaty

Les Bras du Séquoia

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Une mélodie française, par Michaël Serfaty, photographe

Une villa patricienne nous ouvre ses bras et nous offre ses racines.

C’est une demeure bourgeoise aux boiseries patinées par le temps, un havre de paix, la mémoire d’une famille.

A l’orée de la propriété où repose ce foyer calme et majestueux se trouve un séquoia.

Cet arbre est une bonne nouvelle, du temps densifié, de l’inébranlable dans la tourmente des jours, la traversée des guerres, le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Nous sommes ici dans la continuité de la France, et pourtant par le nom de cette entité végétale nous entendons parler la langue du chef indien Sequoyah (1770-1843), inventeur de l’alphabet cherokee. Un sage.

Les Bras du Séquoia est aussi un dialogue entre une maison et le jardin qui la borde, entre des images vernaculaires et une réalité artistique, entre le photographe d’origine marocaine Michaël Serfaty et l’écrivain Elisabeth Henry Parienté.

Nous sommes en Bretagne, le temps est humide, c’est le moment comme tous les ans de se retrouver entre parents, cousins et amis.

Fécondité d’une maison accueillant joies et peines comme un vieux moine bouddhiste, avec compassion et distance.

On pense ici au travail de Magdi Senadji, cet « élégant distrait » tel que le nommait Bernard Lamarche-Vadel, et à sa série intitulée Bovary.

Le XIXe siècle a ses certitudes, qui rassurent. Son confort, sa stabilité, sa foi dans le progrès.

Une photo tombe d’un tiroir, c’est l’image d’un camp de jeunes sur une plage de l’île des Glénan, un portrait de groupe.

Les objets semblent en attente de qui leur redonnera vie, ainsi que les œuvres pieuses indiquant les valeurs évangéliques.

Douceur des tons, lumière intérieure, le temps n’est pas un accablement, mais une donnée avec laquelle compter, c’est tout.

De larges escaliers, des chaises sur lesquelles reposent des draps, des raquettes de ping-pong fatiguées, un volume du théâtre complet de Corneille.

Droits et devoirs, sens de l’honneur, identité française.

Musique des jours, passage des saisons, accueil de tous, usage du sécateur ramenant ordre et beauté quand menace l’envahissement.

Les Bras du Séquoia n’est pas un livre renouvelant l’histoire de la photographie, on ne lui en demande pas tant, mais le chant doux d’un lieu nervalien, recouvert de mousse, de rêves et de livres qu’on ne lira probablement plus.

Un lieu pour la pudeur.

Publié par FABIEN RIBERY le 23 MAI 2019